Il pleut des cordes en ce dimanche 10 aout quand je prends la route direction Gourin pour le trail des crêtes noires. Je pense rapidement faire demi-tour et retourner au lit. J’ai un peu le moral dans les chaussettes, heureusement je croise un cycliste et je me dis qu’après-tout, on est breton, on ne va pas fondre !

Arrivé sur le lieu de départ il pleut toujours, certains ont passé la nuit là, en tente. Je vais chercher mon dossard. Ca y est, mes pieds sont déjà trempés ! A l’abri dans ma voiture je regarde ceux qui commencent à trottiner, qui vont chercher leur dossard. Mais qu’est-ce que je fais là, à vouloir prendre le départ d’un trail de 33km avec ces gars dont on voit chaque muscles des cuisses quand ils marchent ? Et surtout à vouloir faire faire 33km à mes chaussures qui sont archi-pourries. Je les ai recollées à la super glue dans la semaine, mais je doute vraiment sur leur capacité à tenir toute la course.

Je finis par sortir de mon abri et je trottine un peu, finalement il ne pleut presque plus et il fait bon. Je ramène mon coupe-vent à la voiture. Je croise des gars du club : Bonjour ! Ca va ? Motivé, hein ! Et je me place sur la ligne de départ, au fond comme d’hab. Je retrouve Gwendoline du blog Le run d’un poney. On suit nos blogs respectifs depuis quelques semaines et on savait qu’on se retrouverait sur cette course. On papote 5min. Il y a aussi P. qui me dit qu’il va aller doucement, qu’il n’est pas très bien, qu’on peut courir ensemble, mais je sais que son « doucement » à lui est toujours plus rapide que mon allure.

Voilà, c’est parti ! Parti pour 5H pour moi ! Comme souvent lors des départs il arrête de pleuvoir. Je ne sais pas par quel miracle la nature nous fait ce cadeau, mais je l’ai remarqué plus d’une fois. On fait d’abord un tour dans le parc. Il y a un peu de monde pour nous applaudir, ça fait du bien. Mais surtout, plus loin dans le tour je vois T. un gars du club que j’apprécie vraiment pour sa gentillesse. Je cours vers lui pour prendre le temps de lui dire bonjour. Il m’encourage. Je le reverrais lors du 2ème passage où il m’encourage à nouveau et me tape dans la main. Ca fait chaud au cœur !

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Comme j’ai déjà fait 2 fois le trail court je sais qu’ils nous font monter un bon moment dès le début. On rentre direct dans le vif du sujet ! C’est très boueux, comme il fallait s’y attendre. Gwendoline est devant, je la verrais pendant quelques kilomètres, mais pas plus. Elle va vraiment plus vite que moi, elle mettra une bonne demi-heure de moins que moi à terminer sa course.

Dans les montées, je reste derrière un gars dont le rythme me convient parfaitement. D’habitude je marche très rapidement, mais là j’arrive à courir grâce à lui. Sur le plat et les descentes je passe devant, il me suit. On restera plusieurs kilomètres comme ça, ça marche bien ! On s’est perdu je ne sais pas trop comment, il ne m’a pas suivi à un moment, mais il arrivera quelques minutes derrière moi.

J’attends le 1er ravito pour commencer à manger, mais il est loin. On nous l’a annoncé à 7km, je les trouve bien longs ces 1ers Km ! Finalement on se retrouve avec seulement un point d’eau et on est à 10Km. Ca ça fait plaisir ! Moins pour l’absence de nourriture. Je pioche dans mon sac, j’ai déjà faim…

C’est reparti ! Ca roule ! Un superbe passage dans les cailloux. Grand bonheur !

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2ème ravito à 16Km. Miam des bananes ! J’en mange presque une entière. J’ai déjà mangé presque toute ma réserve de fromage. Ca m’inquiète un peu d’avoir si faim, j’ai pourtant pris un bon p’tit dèj et je me suis gavée de féculents toute la semaine.

Je repars, ça continu, et ça grimpe ! Le nom de la course s’illustre enfin : les crêtes ! Mais il faut les mériter, ça grimpe sec ! La patate, comme dirait A.M. Arrivée en haut je reste un moment à contempler le paysage. A enregistrer ces images de la Bretagne « des terres », celle qu’on voit moins sur les cartes postales, mais celle que l’on aime tant en trail. Arrive derrière moi, le père noël ! T-shirt rouge, barbe blanche. On regarde le paysage ensemble et on repart. Il est bavard le père noël ! Il me donne des conseils, sort une expression qu’A.M utilise aussi : « On va se refaire la cerise ! » Ca me fait sourire, mais il me lâche dans une montée, je n’arrive pas à le suivre. Et là je commence à penser au 3ème ravito. J’ai faim, encore, je mange la pâte de fruits, je termine le fromage. Mais il est vraiment si loin ce dernier ravito ??? Je commence à repenser à Millau, à ruminer mon échec, cette barre des 30Km que je n’ai pas réussi à passer à temps. Et si là encore les 30Km ne voulaient pas de moi ? Et si je n’étais tout simplement pas capable de faire ce genre de distances ? Je sens que je ralentis, que je perds pied. J’ai pris le MP3 de Mr Triton en cas de coup dur, je crois qu’il est temps que je le sorte. J’essaye d’apprivoiser la bête, c’est la 1ère fois que je cours avec de la musique. Une fois les écouteurs calés sur les oreilles, je relance. C’est reparti et là je me fais vraiment plaisir ! Je plane, je délire même ! C’est drôle en fait de courir avec de la musique. Je chante, je cavale. Je n’ose pas regarder mes chaussures, sont-elles toujours entières ? Je double 2 gars. Je me demande si je ne vais pas payer cette euphorie plus tard, mais comme disent certains « ce qui est fait n’est plus à faire », donc si j’arrive à bien avancer sur quelques Km se sera toujours ça. Je double un gars qui semble mal, je m’arrête. Il a des crampes, je lui donne un cachet. On discute quelques minutes et finalement il repart plus vite que moi.  L’inconvénient de la musique c’est que je loupe le joueur d’accordéon déguisé en écossais de Rebelle. Je ne le vois qu’une fois passée derrière les cailloux, j’arrache donc mes écouteurs pour l’écouter un peu, mais je cherche mon chemin en même temps. Il s’arrête de jouer pour me l’indiquer, oui je suis un peu paumée…

Je ramasse (tout au long de la course) des tubes de gel vides par terre. Ca me met vraiment en colère ! J’en ai ramassé 5 en tout, et un sachet de barre de céréales. Comment ces personnes qui « normalement » aiment courir dans la nature osent la salir, la polluer comme ça. Je suis en colère contre eux, qui salissent mon terrain de jeux ! J’arrive au 3ème ravito dans cet état d’esprit, je donne aux bénévoles « ma récolte ». Ils sont outrés aussi, d’autant plus que nous passons par beaucoup de chemins privés. Si ces chemins sont dégradés, nous n’aurons plus l’autorisation de les emprunter l’année prochaine. Quel gâchis !

Je reste là, à discuter un moment, et surtout manger des bananes. J’ai toujours aussi faim, mais il ne reste que 6Km. On m’assure que ça descend tout le long, sauf un léger faux plat. Il faut croire que celui qui m’a dit ça était sherpa dans une autre vie, car un faux plat où on a installé des cordes pour vous aider à grimper, moi j’appelle ça une patate ! Bref, les derniers Km s’enchainent avec plus ou moins de difficulté. Les grosses montées (il y en aura 2) passent plutôt pas mal. Je double celui qui avait des crampes. Elles sont revenues pour lui, hélas j’ai pris mon dernier cachet car je sentais que ça contractait aussi pour moi. Je lui souhaite bon courage pour les derniers Km. On y est là !

Je reconnais la fin, la même que celle du 14. Passer près de ce gros silo, sous le pont, entrer dans le bois. J’enlève ma musique, je veux profiter pleinement de l’arrivée. J’ai bien mal aux jambes, ces derniers mètres pèsent. J’ai hâte d’arriver, je me sens fière, ça y est, j’ai dépassé les 30Km. Evidemment ça n’a pas la même saveur qu’à Millau, mais je suis heureuse quand même. Jean-Luc, notre speaker, est au micro, ça me fait plaisir de l’entendre. Voilà, la ligne en face de moi. Et là je vois la nénette qui prend les dossards s’agiter dans tous les sens, elle me cri dessus pour mon dossard. Oui, je sais, il est sur mon camelback, dans mon dos, mais je vais me retourner quelques mètres avant l’arrivée et la passer en marche arrière, comme d’habitude. Mais non elle continu à me crier dessus. Je lui cri qu’il est dans mon dos. J’avance encore un peu et je me retourne. Elle râle, n’est pas contente, mais franchement ça me passe au-dessus. Je viens de terminer 33Km !

Juste derrière moi il y a celui qui avait des crampes, on se félicite mutuellement. Il me remercie au moins 50 fois pour le cachet. Puis je vois P. qui vient vers moi. Il me dit qu’il vient d’arriver, qu’on aurait pu courir ensemble. Je me dis qu’il dit ça pour me faire plaisir, qu’il a dû arriver il y a au moins 5min. Je vais au ravito, je dois boire et surtout manger. Je reste squatter là un temps fou ! Je regarde partout si je vois Gwendoline, elle a dû arriver il y a un bon moment. Je saurais ensuite qu’elle était sur le podium lors de mon arrivée, qu’elle, elle m’a vu. Je demande à celui qui avait des crampes s’il a notre temps : 4H21. Quoi ?????????? Il ne sait pas comment prendre ma réaction. Je lui explique que je pensais mettre 5H. Je suis trop heureuse de ce temps !!!!!  P. revient vers moi, en effet on aurait pu courir ensemble, il a mis 4H20.

C’était vraiment une belle course. Pas de pluie, de beaux paysages, des beaux souvenirs. Et surtout la fierté d’avoir bouclé 33Km ! Je sais que pour certains 33 c’est rien, mais je n’étais vraiment pas sûre d’y arriver quelques heures plus tôt. En plus sans hypoglycémie, comme j’en avais encore fait une après Guerlédan, c’était ma encore une fois ma hantise.

Désolée pour ce roman. Je l’ai écrit pendant mes vacances. J’ai eu tout le temps de le relire, de le compléter au fil des souvenirs qui revenaient.